Témoignages

Vincent Bounes, « Un élan formidable qui a été coupé »

Publié le 19 mars 2025
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Vincent Bounes
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Professeur de médecine, directeur des Urgences du centre hospitalier Toulouse-Purpan, Vincent Bounes a participé à la gestion de la crise sanitaire puis de la vaccination à Toulouse. Il a décidé de s’engager en politique auprès de Carole Delga en 2021 à la région Occitanie dont il est vice-président délégué à la Santé

Mes souvenirs marquants de crise sanitaire

Je retiens deux formidables souvenirs qui dépassent les moments difficiles que nous avons vécus liés à a fatigue et aux drames humains. Tout d’abord, la solidarité avec l’hôpital et à l’intérieur de l’hôpital. Nous étions motivés par les encouragements de la population et il s’est créé beaucoup de bienveillance entre nous ce qui n’était pas toujours le cas avant. Le sanitaire a tenu grâce à cette mobilisation citoyenne et professionnelle et parce que tout le monde tirait dans le même sens.

Sur la vaccination, je retiens aussi le dévouement spontané de la jeunesse, des étudiants qui par centaines sont venus nous aider sachant qu’ils étaient moins exposés au risque. Cet élan pour une cause commune a été formidable. Hélas, il a été coupé…

Cinq ans après

«  Côté négatif, nous sommes retombés dans les vieux travers : le covid a précipité le délitement du système de santé. Beaucoup de soignants ont arrêté un peu prématurément voyant que rien n’avançait. La baisse de démographie était déjà là, elle s’est accélérée. La France va devenir un pays ou l’accès aux soins primaires recule donc où nous serons bien soignés. Le nombre de patients sans médecins atteint la cote d’alerte et ce n’est pas fini car un tiers des médecins a plus de 60 ans. On ne forme pas assez et le budget 2025 de la Sécu ne suit pas l’inflation alors que les besoins deviennent plus importants du fait du vieillissement et des couts des traitements plus élevés. Nous devons ouvrir un débat sociétal sur le thème : quelle santé veut-on dans le pays ? Quels moyens devons-nous y consacrer ?

Côté positif, je retiens la capacité du monde médical à accomplir de grandes choses. En quelques mois, des vaccins ont été mis au point. On n’en parle pas suffisamment :  nos chercheurs accomplissent des exploits chaque année. Cet hiver à Toulouse nous avons admis un enfant en soin intensif pour bronchiolite. La vaccination obligatoire nous permet de gérer cette maladie comme en leur temps la polio, la diphtérie et le Covid. Les progrès de la biothérapie et de la recherche permettent de bien soigner les maladies dites ordinaires et aussi des pathologies graves n’en déplaise aux complotistes On était en galère avant le Covid, on a fait face pendant sous les applaudissements, mais ça n’a pas suivi.. En résumé, on a besoin d’humain ».

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