La France et l’Europe perdront la bataille de l’intelligence artificielle si elles n’investissent pas massivement dans les structures matérielles et la ressource humaine face à des concurrents armés pour capter composants, processeurs et talents partout dans le monde.
Dans la course effrénée à l’intelligence artificielle, la France se targue fièrement d’occuper une place de choix parmi les nations.
Mais cette autosatisfaction masque une réalité plus complexe et préoccupante. Dans un marché où le vainqueur rafle tout, être quatrième ou cinquième équivaut à une défaite programmée. Qui se souvient aujourd’hui du concurrent numéro quatre de Word ou de Facebook ?
Les investissements étrangers massifs qui affluent vers notre territoire, célébrés à grand renfort de communication, dissimulent une réalité stratégique inquiétante. Ils poursuivent des logiques étatiques, de coopération, de compétition, voire de colonisation numérique. Dans cette nouvelle géopolitique de l’IA, face à la guerre cognitive que mènent nos adversaires pour déstabiliser tant nos économies que nos démocraties, il est plus qu’urgent de revenir aux fondamentaux.
L’intelligence artificielle repose sur deux piliers essentiels : le logiciel et le matériel.
Si nous excellons peut-être dans le premier, nous sommes dramatiquement absents du second. La France, comme l’Europe à l’exception des Pays-Bas, ne produit ni ne participe aux processus de conception des processeurs indispensables à l’entraînement et à l’exploitation des modèles d’IA. Cette dépendance technologique nous place dans une position d’extrême vulnérabilité.
La crise du COVID nous a déjà donné un avant-goût amer de cette fragilité. Quand nos chaînes de production se sont arrêtées faute de composants électroniques, nous avons mesuré le prix de notre dépendance. Imaginons maintenant un scénario où l’accès à ces technologies nous serait délibérément restreint par nos concurrents. Nos ambitions en matière d’IA s’effondreraient comme un château de cartes.
L’Histoire, comme souvent, nous enseigne une leçon précieuse. La bibliothèque d’Alexandrie n’a pas triomphé de sa rivale de Pergame par la seule force de ses idées, mais en lui interdisant l’accès au papyrus du Nil, support matériel alors plus avancé que le parchemin. Aujourd’hui, les semi-conducteurs sont notre papyrus moderne, et nous n’en maîtrisons ni la production, ni la distribution.
Face à ce défi existentiel, quelle est la réponse européenne ? La réglementation. Comme si légiférer sur une technologie que nous ne maîtrisons pas pouvait compenser notre échec industriel. La dernière fois que l’Europe a tenté de réglementer une innovation qu’elle n’avait pas créée, c’était pour interdire l’arbalète – une décision dont l’Histoire a démontré la futilité.
Il est temps de réagir. Notre souveraineté numérique ne peut se construire sur des fondations fragiles. Investissons massivement dans les infrastructures matérielles de l’IA, développons notre expertise en microélectronique, formons nos ingénieurs aux technologies de pointe. C’est à ce prix que nous pourrons véritablement peser dans la révolution de l’intelligence artificielle.
C’est le défi majeur que nous devons relever, sous peine de devenir définitivement des vassaux numériques des grandes puissances technologiques.
La guerre de l’IA n’est pas virtuelle. Il est illusoire de penser qu’elle puisse se gagner au moyen d’algorithmes sophistiqués et des réglementations pointilleuses.
Sans réelle maîtrise de la chaîne de valeur du Silicium au logiciel, l’Europe n’engagera qu’un vain combat. Pire encore, c’est une guerre qui, pour elle, n’aura jamais eu lieu…
L’équipe de La République en Commun