Délaissé par les gouvernements successifs, le système scolaire que le monde nous enviait décourage les enseignants, les élèves et leur famille. Choc des moyens, choc d’attractivité, choc du vivre ensemble : il est urgent de réparer l’école pour qu’elle permette à chaque élève de s’épanouir.
Déjà six ministres de l’Education nationale en moins de trois ans… et toujours la même copie. Celle d’une communication vide de sens pour masquer un renoncement coupable.
L’Etat coupable, c’est la sentence du tribunal administratif d’Orléans ce vendredi 21 février. Le Ministère de l’Education nationale est ainsi condamner à indemniser le préjudice moral subi par des parents d’élèves, lassés de voir leurs enfants sans professeurs (déjà plus de 65 000 heures de cours perdues au niveau national depuis la rentrée selon la FCPE).
Coupable ? L’Etat le restera tant que l’école, pourtant pilier de notre République, demeurera une simple variable d’ajustement de son budget.
Pourtant, tout le monde semble partager le même constat d’une école à bout de souffle qui ne permet plus aux jeunes de s’émanciper. Elle reproduit les inégalités qu’elle est censée gommer en donnant les mêmes chances à chacune et à chacun.
Comme les élèves et leurs parents, les enseignants, découragés, épuisés, dévalorisés, se sentent de plus en plus abandonnés, trop souvent livrés à eux-mêmes. En témoigne la crise d’attractivité de ce métier essentiel pour la jeunesse et au-delà, pour toute la société : la baisse des candidatures aux concours d’enseignant ne cesse de s’accentuer, – 40% pour les inscriptions au Capes entre 2017 et 2023 ! Cette année encore, les inscriptions au concours de professeur du second degré chutent. Même le concours de l’agrégation est touché dans quasiment toutes les matières.
Face à cette crise aux racines profondes, ne cédons pas aux incantations faciles et démagogiques « quand on veut on peut » ou « c’était mieux avant ». Ne soyons pas dupés par les fake-news sur le présumé absentéisme chronique des enseignants (selon la Cour des Comptes, il est du même niveau que les salariés du privé).
Enseignants, élèves et parents souffrent d’un seul et même mal : le manque d’ambition pour l’école qui va de pair avec l’absence d’une vision renouvelée du rôle qui doit être le sien dans la société de 2025.
Oui, il faut le répéter : l’Education doit redevenir notre première grande cause nationale, la priorité des priorités. Cela doit se traduire par des actes forts autour de 3 principales urgences :
- Plutôt qu’un « choc des savoirs », la première urgence passe par un « choc des moyens ».
Donc par une ambition collective. Celle de garantir la gratuité réelle de l’école, comme le propose la FCPE avec la gratuité intégrale des fournitures. En Occitanie, nous avons fait ce choix en proposant la rentrée la moins chère de France pour les lycéens (gratuité des manuels scolaires, de l’ordinateur portable, des transports scolaires, des premiers équipements professionnels, ainsi que plusieurs autres aides sportives et culturelles, …). J’assume cet investissement car je sais à quel point le pouvoir d’achat peut devenir un obstacle à la réussite scolaire.
A cet effort pour les familles, s’ajoute un réinvestissement massif pour rénover, moderniser et rendre plus attractifs les établissements scolaires publics, notamment dans les territoires ruraux et les quartiers populaires. Sans cette volonté politique et ces choix forts, nous n’arrêterons pas la fuite vers le privé voire la privatisation de l’Education dont certains rêvent à droite. Sans cette ambition, nous ne retrouverons pas non plus le chemin de la mixité sociale, base de la lutte contre les déterminismes.
- Le « choc d’attractivité » du métier d’enseignant doit devenir une priorité. Nos professeurs doivent retrouver dignité, reconnaissance et respect. Ils doivent aussi être protégés par l’institution. La promesse répétée et non tenue « un prof devant chaque classe » a rendu inaudible la parole gouvernementale sur le sujet.
Face à cette crise des vocations, il est urgent de remédier au déclassement salarial de nos enseignants parmi les moins bien payés des pays occidentaux.
Dans un univers professionnel où les carrières ne sont plus autant linéaires, en concertation avec les partenaires sociaux, les reconversions des enseignants et l’accès au professorat de personnes venues d’autres horizons, publics ou privés, doivent être facilités.
La refonte de la formation, maintes fois annoncée mais jamais réalisée, doit reposer sur un vrai parcours professionnalisant de 2 ans après la licence.
Surtout redonner l’envie d’embrasser une carrière d’enseignant ne sera possible qu’en mettant un terme au « prof bashing » et, par un arsenal juridique ferme et solide, en sanctionnant le cyberharcèlement, fléau dangereux pour les élèves et pour toute la communauté éducative. Le respect du professeur doit de nouveau réunir un consensus national.
- Enfin, « un choc du vivre ensemble ». Les pouvoirs publics doivent garantir un environnement d’études dans lequel chaque élève est en capacité de s’épanouir sans rester enfermé dans ses conditions sociales et géographiques d’origine.
Revoir les rythmes scolaires, facteur important d’inégalités est une nécessité qui permettra d’intégrer et de professionnaliser le soutien aux élèves en difficulté. L’élève français est en Europe celui qui passe le moins de jours à l’école mais qui est confronté aux journées les plus denses. Revoir aussi la logique comptable des fermetures/ouvertures de classes : profitons de la baisse de la démographie scolaire pour aboutir à des classes à taille humaine et faciliter les remplacements. Enseignants et élèves ont tout à y gagner. Revoir le lien entre l’école et le périscolaire qui participe aussi à l’éducation et l’apprentissage de la vie collective.
Revoir également la logique de compétition à outrance, du « chacun pour soi », notamment par l’arrêt de ParcourSup – l’algorithme à briser les rêves.
Enfin, parce qu’un professeur ne peut plus faire cours de la même manière qu’il y a 20 ou 30 ans, il est nécessaire de laisser plus de temps à la formation continue des enseignants et de favoriser des alternatives pédagogiques à un système scolaire devenu anachronique, car trop vertical et descendant. Plus d’échanges entre élèves, entre l’élève et l’enseignant, des ouvertures régulières des établissements vers l’extérieur : c’est reconnaître et consacrer le rôle de l’école dans l’apprentissage de la démocratie, de la citoyenneté et du vivre ensemble.
Oui, il y a urgence : revoyons la copie !
Carole Delga