Tribune de Serge Zaka, « agro-climatologue », spécialiste des orages
Toute l’agriculture est aujourd’hui concernée par le stress thermique. Le changement climatique oblige les agriculteurs mais aussi les industriels de l’agro-alimentaire et les consommateurs à modifier leurs pratiques.
Depuis 50 ans, le nombre de canicules a été multiplié par 4 en France. C’est quatre fois plus de stress thermique sur les végétaux. L’augmentation du nombre de sécheresses affecte en premier lieu les cultures d’été, comme les pommes de terre, la betterave, le tournesol, les pommes et les poires, avec des pertes de rendement liées au manque d’eau. Les cultures d’hiver sont moins impactées – pour l’instant – par la hausse des températures car elles ont encore de l’eau disponible dans les sols. Ainsi, l’orge d’hiver, le colza d’hiver ou encore le blé d’hiver poussent plus vite actuellement.
Mais les variations extrêmes de température qui se multiplient altèrent la capacité des espèces naturelles à résister au stress thermique. Le 28 juin 2019, avec 46° dans l’Hérault, plusieurs dizaines de milliers d’hectares de vignes sont partis en fumée. C’est 12 % de la production perdue en 4 heures. On parlait même d’un « chalumeau géant qui avait tout brûlé ».
II ne suffit donc pas de changer l’emplacement des cultures, nous devons aussi modifier notre façon de cultiver. Le sol ne doit plus être considéré comme un simple support mais comme une source de fertilité. Il faut l’enrichir, limiter au maximum tout travail mécanique, couvrir la terre par des cultures intermédiaires comme les légumineuses.
Aussi, nous devrons faire de l’hydrologie régénérative une « gestion durable de l’eau » qui vise à favoriser la santé des sols, l’infiltration de l’eau, la régulation du cycle de l’eau et la résilience face aux événements climatiques extrêmes.
Tout le monde est concerné par cette mutation provoquée par le dérèglement climatique : les citoyens en achetant local et de saison, mais aussi les politiques et industriels agro-alimentaires qui doivent soutenir les agriculteurs dont le revenu est aujourd’hui basé sur le rendement. Demain, la rémunération de l’agriculteur devra également prendre en compte le service écosystémique : la plantation de haies, le stockage de carbone, l’adaptation des pratiques….
Il est nécessaire d’inclure dans la politique agricole commune des financements spécifiques pour les agriculteurs qui s’efforcent d’intégrer davantage l’environnement dans leur activité.
Si j’ai un conseil à donner : ne regardez pas en arrière, oubliez les anciennes cultures. Le challenge aujourd’hui, c’est de créer l’alimentation du futur. Le changement climatique ne doit pas être perçu comme une perte de potentiel agricole. C’est l’opportunité de trouver de nouvelles cultures, et d’adapter notre agriculture française.
Serge ZARKA