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Logement : un chantier urgent pour remédier à l’indignité et à la crise

Publié le 19 février 2025
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Logements
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350 000 personnes sans toit, 4 millions de logements insalubres, des listes d’attente interminables pour des HLM, des milliers d’étudiants en galère, la construction en chute libre… Une politique volontariste et des investissements publics et privés massifs s’imposent pour redonner de la dignité aux sans logis, aux mal logés et de la confiance aux ménages comme aux entreprises du secteur.

Ce soir-là, sous un pont du canal de Brienne à Toulouse, repérables à leurs gilets orange et leur combinaison crème striée de rayures rouges qui les distingue de leurs collègues du médical, les agents et bénévoles du Samu social s’affairent autour de deux jeunes garçons allongés sur une vieille couverture posée sur le ciment. Ils sont emmitouflés dans leurs sacs de couchage, col remonté jusque sous les yeux, bonnets épais sur la tête. Un cycliste a appelé le 115 pour signaler leur présence. «  Il va faire -2° au réveil » soupire Chantal* qui multiplie les appels téléphoniques au « central » :« Ils ont déjà deux personnes envoyées par les urgences de l’hôpital à caser. Et l’autre équipe demande trois places pour des gens fiévreux qui toussent à la mort »… Le « central » finit par la rappeler. Une chambre mansardée de 10m2 est disponible sur la liste des hôtels réquisitionnés par la préfecture. Ses collègues tentent de convaincre les deux garçons de s’y rendre. « Voilà c’est une histoire ordinaire d’une soirée au 112. Il y a ceux que malheureusement on ne verra pas. Et vous avez les mêmes situations à Paris, Lyon, Bordeaux et même dans des villes moyennes où le 115 ne peut pas toujours répondre ».

La France n’est pas digne de son rang de pays développé quand 350 000 personnes dorment dans les rues de ses villes**. Zéro SDF annonçait le président de la République à l’aube de son premier mandat. Dans la longue liste des promesses non tenues, cet échec est le plus douloureux. Parce qu’affronter le froid, la nuit, l’insomnie sous la voute d’un pont, le porche d’un immeuble ou la toile d’une tente posée au bord d’un périphérique est un drame humain.

A cette tristesse, s’ajoute l’indignité du mal-logement :  4,1 millions de personnes dont 20% ont moins de 16 ans survivent dans une habitation insalubre selon les ONG. Parmi eux des travailleurs souvent précaires, des parents-solo, des retraités pauvres…

On peut sans doute déplorer que dans certaines villes, la dynamique touristique transforme des logements en résidences quasi hotellières. Il est facile de s’insurger de la frilosité des organismes prêteurs, du pointillisme des normes de sécurité et d’émissions de CO2 ou des réticences supposées des élus locaux à augmenter la population de leur commune.

Ne fermons pas les yeux sur cette réalité dérangeante : il manque des logements d’urgence, des HLM, des résidences étudiantes, de l’habitat neuf pour les jeunes ménages notamment, des programmes de rénovation réellement incitatifs.

Il manque une politique du logement guidée par la justice sociale et par une transformation énergétique populaire, donc accessible à tous. Il manque la confiance dans le présent et l’optimisme en l’avenir, données essentielles pour décider ou non une famille de se lancer dans une acquisition ou dans des travaux, y compris quand elle en aurait les moyens.

Le président promettait 500 000 nouveaux logements par an et trois fois plus de rénovation. Il a raboté MaPrimeRénov’ d’un milliard d’euros en 2024 au point de diviser l’objectif par 2. Il a laissé la spéculation foncière dicter les prix du marché. Il a étranglé les organismes HLM. Résultat : les mises en chantier de neuf ont péniblement dépassé 300 000. La construction est à l’arrêt, 18 000 entreprises du bâtiment et de l’immobilier ont disparu en 2024.

Il manque une politique du logement guidée par la justice sociale et par une transformation énergétique populaire, donc accessible à tous. Il manque la confiance dans le présent et l’optimisme en l’avenir, données essentielles pour décider ou non une famille de se lancer dans une acquisition ou dans des travaux, y compris quand elle en aurait les moyens.

Pourtant des outils existent. Le prêt à taux zéro par exemple : pourquoi ne pas l’ouvrir à tous les travailleurs et l’assortir de garanties de l’Etat ?  Pourquoi ne pas préempter des terrains, des bâtiments et des bureaux désertés pour agrandir les parcs de logements HLM et universitaires ? Pourquoi ne pas compenser aux communes, aux intercommunalités, aux départements des exonérations de taxes foncières qui permettraient aux primo-accédants de se lancer, de procéder à des travaux bénéfiques à l’emploi et à l’économie ?

Accusés souvent à raison d’avoir provoqué une montée artificielle des prix de l’immobilier, les allégements d’impôts pour ceux qui investissaient dans la pierre ont disparu. Encadrés par des garde-fous sur les montants des loyers, le prix du m2, l’isolation thermique, ils peuvent servir la cause du logement et non devenir des instruments de pure défiscalisation pour les plus aisés.

Arc-bouté sur le dogme des baisses de prélèvements, le gouvernement n’a pas conforté le 1% patronal alors que le patronat n’y voyait pas d’obstacle. Comme le souligne le directeur de la MAIF Pascal Demurger, «  un salarié aidé par son employeur à acquérir ou rénover son logement est conforté dans son engagement et c’est aussi un moyen de donner du travail à d’autres entreprises souvent artisanales ».

Une politique du logement juste, concrète et amitieuse est possible. Elle doit être concertée avec tous les acteurs, des banquiers aux opérateurs du 115 en n’oubliant pas les constructeurs, les élus locaux, les partenaires sociaux, les universités. C’est une urgence pour sortir le secteur de la crise, des millions de personnes de l‘indignité et des dizaines de milliers de la rue.

L’équipe de la République en commun

 

*Prénom d’emprunt

**Source : Fondation Emmaus