Témoignages

Lison Gleyze, aide-soignante et élue locale : « La solidarité dans ce moment, cette ouverture aux autres doivent nous inspirer »

Publié le 19 mars 2025
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Lison Gleyze, aide-soignante et élue locale
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Aide-soignante au CHU de Toulouse-Rangueil, maire de Nailloux, Lison Gleyze a traversé le Covid entre l’hôpital et l’hôtel de ville de cette commune haut-garonnaise de 4500 âmes.

Mes souvenirs de crise sanitaire

«  J’ai été élue maire de la commune de Nailloux le dimanche 15 mars et le lendemain je devais être présente pour la mobilisation contre la pandémie à l’hôpital. Des deux côtés, c’était l’improvisation car personne ne possédait l’expérience du confinement. C’était quand même plus tendu à l’hôpital : nous fabriquions des tabliers en découpant des sacs en plastique, nous déplacions des lits pour agrandir la réanimation, nous comptions les masques, nous annulions les hospitalisations non urgentes tout en gérant le quotidien car il y avait les autres patients.

A la mairie, c’était plus un travail de coordination avec les gendarmes, les pompiers, les services municipaux, les commerçants des métiers de bouche, les professionnels de santé. Nous avions la chance d’avoir un stock de masques de la grippe aviaire à peine périmés et les soignants de la commune se sont proposés pour diffuser et apprendre les gestes barrière. Finalement, on a commencé dans l’improvisation pour aboutir très vite à une organisation méticuleuse

Cinq ans après…

Côté négatif, en tant qu’aide-soignante, je suis dépitée que l’on n’ouvre toujours pas de lits à l’hôpital, que les métiers du soin restent délaissés, que des médecins pourtant attachés comme moi au service public de santé partent exercer dans le secteur privé pour obtenir de meilleures conditions de travail. Je vois des collègues, aides-soignantes ou infirmières, renoncer à ces métiers qu’elles aiment, qu’elles exercent avec compétence et humanité. Pourquoi ? Parce qu’on doit faire plus avec moins, que le flux hypertendu est devenu le quotidien alors que ce doit être l’exception, qu’on ne parvient plus à remplacer les absents….  On était en galère avant le Covid, on a fait face pendant sous les applaudissements, mais ça n’a pas suivi. La question du matériel et des stocks a été résolue mais sans les lits et les effectifs, on ne résout pas l’essentiel et on ne se donne pas les moyens d’atteindre l’objectif que doit être l’universalité des soins.

Côté positif, je retiens la forte solidarité tant à l’hôpital que dans la commune. A l’hôpital, nous savions que certains services étaient plus exposés que d’autres et personne ne rechignait à aller donner volontairement un coup de main aux collègues sous pression. Dans ma commune de Nailloux, des personnes sont venus spontanément en mairie pour proposer d’aider les employés à faire les courses, porter des repas aux personnes âgées ou handicapées, pour garder des enfants de personnes qui exerçaient des métiers indispensables. Je n’oublie pas ces coutrières qui ont fabriqué des masques en tissu, ces producteurs locaux qui se sont mobilisés. Le confinement a été remarquablement respecté. Cette mobilisation, ce respect, cette ouverture aux autres doivent nous inspirer. Nous avons de l’énergie et nous savons être solidaire. C’est ce que j’aimerais retenir tout en tant lucide sur l’état de nos hôpitaux et les difficultés qu’éprouvent nombre de nos compatriotes.