Augmenter les moyens de la Défense française et européenne est vital pour nous protéger dans le contexte de tensions avec la Russie de Poutine et les Etats-Unis de Trump. Mais l’effort doit être supporté par ceux qui en ont les moyens et non par de nouvelles économies sur notre modèle social.
Le moment de bascule tant redouté s’est bel et bien produit avec le retour à la Maison Blanche de Donald Trump et sa cohorte de maléfiques. Le découpage à la tronçonneuse de la fonction publique par Elon Musk, les insultes du Vice-président JD Vance à la mémoire de nos combattants disparus ou blessés en Iran, en Afrique, en Afghanistan (1), l’attitude irrespectueuse et les propos surréalistes du Président des Etats-Unis face à Volodimir Zelensky, ce n’est pas de la fiction.
Après la guerre froide des deux blocs au siècle dernier et les guerres asymétriques du début de ce siècle, nous sommes bel et bien entrés dans une « nouvelle ère ». Elle est violente pour le peuple ukrainien, déstabilisante par ses nouvelles alliances géopolitiques, glaçante par sa logique d’affrontements multiples que ce soit pour la conquête de territoires, la captation de ressources naturelles et alimentaires, les contrôle des données, les échanges économiques…
Cette nouvelle ère menace clairement nos idéaux de paix, de liberté et de fraternité si patiemment conquis. Oui, ces affrontements sont aussi idéologiques et culturels. Cet axe Moscou-Washington est inédit et sans doute insincère. Cette alliance baroque d’oligarques mafieux et de « libertariens-conservateurs » s’est nouée pour s’attaquer à nos principes démocratiques. Elle a pour objectif de leur substituer des régimes dans lesquels le pouvoir se débarrasserait de tout corps intermédiaire (fonctionnaires, syndicats), truquerait les élections, réduirait l’opposition au silence, remplacerait la sécurité sociale et les solidarités par des produits financiers, choisirait les juges, abolirait l’IVG et la laïcité, imposerait ses vérités dans les programmes scolaires quitte à détourner la réalité du moment et celle de l’Histoire.
Voilà le monde rêvé de Vladimir Poutine et les intérêts liés à la croisade de Donald Trump, l’un et l’autre étant devenus les équipementiers et les banquiers des extrême droites européennes. La preuve : le Rassemblement National s’est abstenu lors du débat sur le soutien à l’Ukraine.
Cette connivence diplomatique avec la Maison Blanche permet au maître du Kremlin de défier ouvertement l’Europe pour marchander, en échange d’une paix factice, les territoires de l’Est de l’Ukraine (Donbass). Comme par hasard les mieux dotés en terres rares, minerais et métaux. La stratégie de Poutine est limpide : en 2015, il négocie un Traité pour récupérer la Crimée ; en 2025, il tente la même opération pour le Donbass. Le temps de remettre en état son armée, il passera à un troisième acte expansionniste dans l’ancienne sphère soviétique, quitte à sacrifier des milliers de jeunes Russes au combat et à laisser 25% de la population de son pays dans la pauvreté.
Renforcer les capacités de Défense de l’Union européenne n’est plus une option. C’est une obligation : le parapluie de l’OTAN a cessé de garantir notre protection
Comment répliquer ? Poutine et Trump ne connaissent que le rapport de force. Bien entendu, l’Europe ne doit pas trembler pour surtaxer et boycotter les produits américains ni pour poser des embargos sur les hydrocarbures russes. Mais renforcer les capacités de Défense de l’Union européenne n’est plus une option. C’est une obligation : le parapluie de l’OTAN a cessé de garantir notre protection. L’Allemagne le reconnaît, la France aussi en mettant à disposition de la Défense européenne son arsenal nucléaire dont elle doit garder le contrôle. Cette défense européenne sera coûteuse, mais nous n’avons pas le choix.
Comment financer cet effort de guerre ? La main européenne doit être encore plus ferme pour confisquer demain les 210 milliards d’avoirs russes déposés dans l’Union européenne. Le droit international le permet dans la mesure où la Russie est l’agresseur. Ces fonds ont été placés par les oligarques du cercle de Poutine : ils financent l’industrie d’armement, ils rémunèrent une myriade de groupes paramilitaires composés de mercenaires sans insigne ni drapeaux comme la tristement célèbre division Wagner en Afrique. En même temps qu’une recette financière, cette riposte de fermeté trancherait avec l’image de faiblesse que nous renvoyons au Kremlin.
L’ampleur de ce réarmement oblige l’Union et les gouvernements de ses puissances à revoir leurs politiques budgétaires pour dégager des financements, qui ne sauraient se faire au détriment de notre modèle social déjà fragilisé.
Le but recherché par Trump et Poutine est justement de briser la cohésion sociale des pays de l’Union pour porter leurs obligés au pouvoir. Une politique antisociale aggraverait les fractures dans nos pays et la défiance à l’égard des dirigeants.
Ce serait la pire façon de protéger les Français dans cette « nouvelle ère ».
Carole Delga
(1) Le vice-président américain a déclaré que l’armée française n’a pas combattu depuis au moins 50 ans.