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Léon Blum continue de nous inspirer

Publié le 30 mars 2025
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Leon-Blum
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L’héritage de Léon Blum éclaire encore nos combats 75 après sa disparition. Face aux attaques contre les droits sociaux, aux crispations extrêmes de la société et à la recrudescence des actes et paroles antisémites, ses combats pour la justice, la démocratie et la tolérance doivent être poursuivis avec la même détermination que la sienne.

Président du Conseil, leader du rassemblement de la gauche, Léon Blum a profondément marqué l’histoire du socialisme et de la France. De la tête du Front populaire en 1936 à son engagement sous la IVᵉ République, le gardien de la «  Vieille maison » a démontré qu’une gauche assumant ses responsabilités apporte des avancées sociales historiques et transforme concrètement la vie des gens.

Alors qu’ont lieu de façon régulière des manifestations de groupuscules liés à l’extrême droite et que sont tenus des propos ignominieux par ses dirigeants et ses idéologues, la pensée éclairante de Léon Blum est à la fois un rappel de la nécessité de la résistance et une exigence de vigilance pour toute la gauche.

Léon Blum n’était pas un révolutionnaire exalté, mais un réformiste, convaincu que la politique devait servir le progrès collectif, dans la lignée de Jean Jaurès.

Ma révolte contre l’injustice est aussi vieille que ma conscience
Léon Blum

En 1936, à la tête du Front populaire, il a fait de cette ambition une réalité : congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives, éducation populaire, sport pour tous… Ces avancées sociales, aujourd’hui considérées comme acquises, furent arrachées de haute lutte aux libéraux et aux conservateurs qui prophétisaient l’effondrement du pays. Mais Blum savait que gouverner, c’est agir avec lucidité, en tenant compte des rapports de force.

Les héritiers de ceux qui dénonçaient hier ces progrès agitent aujourd’hui le spectre de la faillite pour remettre en cause notre modèle social, inspiré par le Front populaire et poursuivi à la Libération. Le vieux dogme du libéralisme débridé refait surface derrière les appels à la « modernisation » du travail ou à la « responsabilité budgétaire ».

Blum nous rappelle que rien n’est jamais acquis, que l’accès au progrès n’est pas une pente naturelle, mais une bataille permanente. Il nous dit aussi que la justice sociale n’est pas un luxe mais la condition même de la démocratie.

Tout au long de sa vie politique, Léon Blum dut faire face à des attaques d’une violence inouïe. Parce que socialiste, le député Blum, élu dans la circonscription de Narbonne avec le soutien des vignerons coopérateurs et des ouvriers, cristallisait la colère des libéraux. Parce qu’homme de gauche, laïque, attaché aux valeurs de tolérance, à la République, à l’égalité, à la liberté d’expression, au service public, à l’école gratuite et obligatoire au service public, la presse conservatrice l’accusait de «  bolchevisme ». Parce que juif, il était la cible privilégiée de l’extrême-droite antisémite.

Aujourd’hui, les discours de haine, la recrudescence de l’antisémitisme, les appels à une prétendue restauration de l’ordre et l’attirance pour les régimes autoritaires rappellent tragiquement le vent mauvais des années 1930. Cette vieille rhétorique complotiste n’appartient hélas pas au passé. La haine de Blum, et des idéaux qu’il représente n’a pas disparu. Elle a trouvé un terrain d’expression à travers de nouveaux canaux de désinformation et de haine en ligne.

Blum savait que derrière ces postures fascisantes et nationalistes se cache toujours une volonté d’exclure, de diviser, de soumettre.

Mais Léon Blum n’a jamais cessé de croire en un avenir meilleur.

Face à la violence, il n’a jamais baissé la tête.

« Je suis un homme libre », proclamait-t-il, refusant le cynisme ou le renoncement. Il savait que la République est un combat de chaque instant, que la démocratie ne tient que par la volonté de ceux qui la défendent.

Rendre hommage à Léon Blum, c’est ne jamais cesser de croire en un avenir meilleur, refuser la résignation, «  agir dans le présent, non pour le présent » et rappeler que la gauche, lorsqu’elle est à la hauteur de son histoire, change le quotidien. « Ce qui fait la noblesse de l’homme c’est de prévoir, c’est d’espérer, c’est d’anticiper, c’est de travailler à une œuvre qu’il ne contemplera pas achevée et dont il ne profitera pas lui-même ».

Il nous revient de poursuivre son combat, avec le même optimisme et la même détermination.

Carole Delga