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Financement des retraites : pour être juste, aller plus loin que l’âge légal en revalorisant le travail

Publié le 18 février 2025
Financement des retraites
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Une réforme des retraites juste et garante du système de répartition doit dépasser la fixation sur l’âge légal pour se pencher sur de vrais enjeux dans un monde du travail en mutation : les carrières, la pénibilité des métiers, le niveau des pensions.

Si le retour à 62 ans comme âge légal est un impératif pour donner le signal que la justice sera enfin la boussole d’une énième réforme des retraites, il ne s’agira pas de s’arrêter là. L’enjeu majeur du consensus social devra en effet devenir la qualité de la carrière et le niveau de vie des retraités.

Les Français sont à juste titre attachés au système par répartition. Nous payons les pensions actuelles avec les cotisations des actifs d’aujourd’hui. En contrepartie, chacun acquiert des droits à retraite. Ce mécanisme est un des ciments du pacte républicain.

Pour payer les retraites, il faut donc un équilibre entre les paiements et les recettes qui dépendent du nombre d’actifs et d’actives, de la durée pendant laquelle ils et elles cotisent et du montant de leurs cotisations à la sécurité sociale et aux caisses complémentaires.
S’arrêter à la seule baisse de l’âge légal revient à proposer soit de payer plus de cotisations, soit de baisser le niveau des pensions. Le pays raterait une occasion pour établir plus de justice sociale.

Cotiser plus ? Nous prélevons déjà plus d’un quart de nos salaires pour les retraites. Est-ce bien raisonnable d’aller plus loin (de +1,4 à +1,9 en 2032 selon les hypothèses du COR) avec pour conséquence la baisse du pouvoir d’achat et des difficultés à financer d’autres besoins sociaux : le grand âge, la santé, la pauvreté …

Diminuer le niveau des retraites ? Ce mouvement est malheureusement déjà entamé depuis 1993 (de -2,1 à -2,8 en 2032 selon les hypothèses du COR). Le montant moyen des retraites en France était de 1626 euros en 2022, et le niveau de vie médian des retraités de 1970 euros (2021) même s’il est indéniable que certains bénéficient de pensions très élevées. C’est le principe d’un régime contributif : on reçoit selon ce qu’on a cotisé tout au long de sa vie active. Cependant, baisser sensiblement le montant des pensions, c’est faire un cadeau aux tenants d’un régime individuel par capitalisation : comme dans les pays anglo-saxons, les actifs s’engageraient dans des fonds de pension pour bénéficier d’une réversion privée complémentaire…plus ou moins aléatoire.

Augmenter la durée de cotisation ? On est passé de 37,5 ans jusqu’aux années 1990 à 43 ans (à partir de la génération 1965) avec les réformes de 2014 et 2023. Continuer à augmenter la durée de cotisation pénaliserait les plus précaires, ceux qui ont subi des carrières hachées et ont du mal à comptabiliser 43 ans de carrière, et donc d’abord les femmes. (On peut s’enorgueillir que les mécanismes de carrières longues obtenus lors des négociations paritaires aient considérablement réduit les écarts de durée de cotisation selon l’âge de début de carrière : dans les années 1980 quelqu’un qui avait débuté à 16 ans devait travailler 6,5 ans de plus que celui qui commençait après des études longues à 24 ans, alors que l’âge de départ était à 60 ans. Aujourd’hui cet écart se réduit à 2 ans).

Définir sérieusement et de façon consensuelle qui peut travailler un peu plus longtemps (ou un peu moins longtemps) paraît la solution la plus praticable, et même la plus juste dans un contexte où l’espérance de vie continue, et c’est heureux, de progresser. A moins de considérer que le travail est forcément un outil d’aliénation et de détérioration de la santé, ce qui n’est heureusement pas le cas pour une majorité de salariés. 70 % des salariés en France trouvent que leur travail est globalement épanouissant ; pour 78 % des actifs, le travail est une source de fierté (enquête OpinionWay 2022).

Il est plus urgent de redonner de la valeur au travail. Cela passe notamment par l’amélioration de ses conditions d’exercice, la réduction de la pénibilité, des hausses des salaires, des progressions régulières de carrière, l’égalité femmes / hommes, plutôt que de demander à chacune et chacun d’attendre la retraite pour accéder au bonheur quel que soit l’âge légal. L’injustice serait alors que celles et ceux qui ont l’espérance de vie la plus faible à la retraite, pour des raisons d’usure au travail, aient en plus moins droit au bonheur que les autres.

Un comble pour celles et ceux qui réclament légitimement plus de justice tout au long de la vie.

 

L’équipe de La République en Commun

Continuer à augmenter la durée de cotisation pénaliserait les plus précaires, ceux qui ont subi des carrières hachées et ont du mal à comptabiliser 43 ans de carrière, et donc d’abord les femmes.
L’équipe de La République en Commun