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Energie renouvelable : le choix mal éclairé du gouvernement

Publié le 17 mars 2025
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Réduire les tarifs de rachat de l’énergie produite par les installations solaires va à l’encontre des objectifs climatiques et de souveraineté énergétique, met en péril une filière et pénalise des milliers de salariés et d’agriculteurs. 

Quelle est la vraie ambition pour l’énergie renouvelable ? La question mérite d’être posée… à la lumière de la décision prise par le gouvernement de réduire les tarifs de rachat de l’électricité produite par les centrales solaires en toitures, en ombrières et sur les parkings. 

C’est une faute par rapport à la décarbonation de nos activités et à notre souveraineté énergétique.

Cette baisse du tarif réglementé rend l’investissement dans le solaire moins attractif et menace donc des projets dans toutes les Régions. Certes, faute de planification et de fermeté pour taxer les panneaux chinois à leur entrée dans l’Union, les promesses industrielles n’ont pas été tenues. Mais ce mode de production est accepté par la population, n’émet pas de CO2 et réduit notre dépendance aux énergies fossiles. Ralentir sur le solaire, c’est remettre en cause l’objectif d’un mix énergétique décarboné combinant énergies renouvelables et nucléaire.

Nous n’exploitons pas notre potentiel d’énergie solaire, loin de là. Plus vaste pays de l’Union, la France se classe seulement en cinquième position pour la production d’énergie solaire, dépassée depuis 2023 par les Pays-Bas et très loin derrière l’Allemagne : notre voisin parvient à produire quatre fois plus d’énergie solaire avec 25% d’heures d’ensoleillement en moins (1 715 contre 2 044).  En 2023, seulement 3 GigaWatts de solaire ont été installés en France contre 10 en Allemagne et 14 en Espagne où l’éolien et le solaire représenteront 30% de l’électricité consommée en 2030. 

C’est aussi une faute pour le pouvoir d’achat des Français.

Dans les territoires ruraux notamment, des particuliers, même modestes, ont investi dans des panneaux pour réduire leurs factures et parfois commercialiser le surplus. Des commerces de moyenne surface, des entreprises de logistique ont couvert toitures, entrepôts et parkings pour réduire leur facture énergétique et redistribuer à leurs salariés les sommes économisées. 

C’est une faute envers nos agriculteurs.

Les projets agrivoltaïques, qui représentent déjà 10 % des installations nouvelles en 2024, permettent aux agriculteurs de diversifier leurs revenus. Certains ont pu maintenir leur exploitation grâce à ce complément. Des CUMA, des caves coopératives ont pu récupérer de la trésorerie en posant des panneaux solaires sur des bâtiments suffisamment vastes pour alimenter leurs installations et au-delà.

C’est une faute pour l’industrie et l’emploi. 

Ingénieurs, techniciens, transporteurs, couvreurs, électriciens, conducteurs de travaux : la filière emploie 67 000 salariés dans le pays. Des collectivités, la Banque des territoires, BPI France multiplient les initiatives et les coups de pouce financiers pour réinstaller en France une production de panneaux ou d’équipements «  tout en un » (l’ombrière livrée avec la partie vitrée et les générateurs). Les PME du secteur seront les premières à souffrir faute d’être en mesure de fournir, commercialiser et installer de gros volumes.

C’est une faute pour notre environnement et nos paysages

Plutôt que sur des bâtiments ou des friches industrielles, les énergéticiens qui misent sur le solaire vont investir sur d’immenses surfaces : pour atteindre la rentabilité, ils auront besoin de couvrir des centaines d’hectares de panneaux photovoltaïques les moins onéreux possibles. Donc de l’artificialisation de terres agricoles ou de paysages, donc du «  made in China »…

Composé des meilleurs experts dans le domaine de l’énergie, le Conseil Supérieur de l’Energie demande de renoncer à ces mesures qu’il juge en outre peu efficaces en termes d’économies budgétaires. Au prétexte de baisse des dépenses pour redresser les finances publiques, le gouvernement met en péril une filière d’avenir.  Arc-bouté sur son dogme libéral donc hostile à toute régulation des tarifs, il néglige une fois de plus les enjeux climatiques. Cela traduit une absence d’ambition et de vision. Dans le contexte géopolitique actuel, la souveraineté énergétique devient pourtant une arme de protection massive.  

Carole Delga

Ralentir sur le solaire, c’est remettre en cause l’objectif d’un mix énergétique décarboné combinant énergies renouvelables et nucléaire.
Carole Delga