Tribunes

«  Encore un effort, camarades…», par Carole Delga

Publié le 08 février 2025
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Par Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie.

Ce n’est pas dans le bruit et la fureur, mais dans la clarté et la sincérité que la gauche construira un projet de justice sociale et apportera les solutions crédibles qu’attendent nos concitoyens. Laissons de côté les calculs électoralistes, les querelles d’ego, les donneurs de leçons et donnons de la force à nos valeurs socialistes républicaines pour rendre espoir à nos concitoyens.

Par Carole Delga

La volonté du Parti Socialiste de négocier avec le gouvernement pour boucler le budget 2025, sa capacité à obtenir certaines avancées importantes pour les Français puis, en toute logique, de décider de ne pas voter la censure est un moment d’affirmation. Un moment qui fait date pour nos concitoyens et celles et ceux qui promeuvent ou soutiennent la gauche de la responsabilité et de l’action.

Ni Macroniste ni Mélenchoniste, je n’ai cessé d’appeler, depuis 2017, à cette affirmation, conforme à notre idéal et nos valeurs, en adéquation avec ce que nous vivons et ressentons chaque jour. Oui, il était temps que le Parti Socialiste parle de sa propre voix, fasse entendre sa singularité – et donc son utilité – au sein d’un pays où le bruit et la fureur ont remplacé la raison et l’action, avec les dégâts que l’on sait.

De quoi avions-nous peur ? De perdre des circonscriptions ? D’être à nouveau jugé par ces petits procureurs de la gauche radicale qui distribuent les bons et les mauvais points sans jamais mettre les mains dans le cambouis ? D’être accusé de «  trahir le peuple » par ceux-là mêmes qui, chaque jour, pense plus à leur destin présidentiel qu’au quotidien de millions de Français parmi les plus modestes et les plus en difficulté ?

Je ne me suis jamais située dans ce débat fumeux des «  gauches irréconciliables », aujourd’hui plus que centenaire, masquant l’essentiel à mes yeux : la réconciliation de la gauche avec les Français, en tout cas avec celles et ceux qui attendent d’elle, non des postures, mais des principes clairs et un projet d’avenir positif et viable pour le pays. Oui il était temps. Mais cela ne suffit pas. Encore un effort, camarades… car ce moment d’affirmation doit être un moment de clarification.

Clarifier, c’est sortir du calcul électoral du haut pour repartir de la base.

Clarifier, c’est réaffirmer, d’abord, le lien intangible que nous faisons entre République et socialisme, et donc comme le disait Jaurès, d’œuvrer inlassablement à compléter la démocratie politique par la démocratie sociale. La République des droits et des devoirs, voilà le cap, au moment où le monde bascule sous les coups de boutoirs populistes dans une marchandisation effrénée des rapports sociaux mais aussi politiques.

Clarifier, c’est redire notre défense absolue de principes qui fondent l’essence même de notre identité et donc notre vision de la société et aussi du monde : la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, le refus du «  oui mais… » lorsqu’il s’agit de condamner des attaques terroristes ou des arrestations arbitraires, le rejet de la violence politique et de la stigmatisation, la lutte contre l’enfermement social et territorial, la recherche du compromis par le dialogue au nom de l’intérêt général.

Clarifier, c’est énoncer que l’union, la seule qui vaille, c’est au-delà de l’addition de partis, une union consentie des forces vives de la Nation, une union basée sur la confiance capable de rassembler des salariés, des fonctionnaires, des chefs d’entreprise, des associations sur des bases claires, des objectifs communs et partagés, pour le progrès et une vie meilleure. Avec un mots clé : le respect.

Des Français, de tous les Français quelle que soit leur origine ou leur classe sociale. Des territoires, de tous les territoires, notamment ceux que la République a abandonné.  Clarifier pour «  changer la vie », pour le bien de tous, « les pauvres d’abord ».

Clarifier, c’est sortir du calcul électoral du haut pour repartir de la base. De voir le pays tel qu’il est et non comme nous voudrions qu’il soit. De dire les choses telles qu’elles sont et non avec ces mots tiroirs si commodes pour détourner le regard, parce que la situation exige autant de courage que de vérité. S’extirper, donc, de ce centralisme étriqué, social, et idéologique qui le plonge dans une anxiété paralysante et inquiétante, pour lui permettre à nouveau de respirer et d’espérer.

Cette clarification doit être pour le Parti Socialiste un nouveau départ, pour un nouveau chemin.

Clarifier, au fond, c’est dire la vérité aux Français sur qui nous sommes et ce que nous voulons. Ces dernières années, le Parti Socialiste s’est trop souvent tu, a regardé ailleurs, laissant la gauche aux mains mêmes de ceux qui avaient décrété, par opportunisme, que ce mot, et donc l’idée, était mort alors que chaque jour le monde nous démontre le contraire par sa brutalité et sa cruauté.

Cette clarification doit être pour le Parti Socialiste un nouveau départ, pour un nouveau chemin. Nous le devons à l’Histoire que nous devons respecter. Nous le devons à ces militants, sympathisants, élus, citoyens qui chaque jour font vivre un idéal à même de répondre aux enjeux du moment. Nous le devons aux Français, à ce pays qui méritent notre engagement et notre sincérité.

 

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