La condamnation en première instance de Marine Le Pen et de cadres du Rassemblement National a été rendue par des magistrats en stricte application de la loi votée par le Parlement. Autrement dit, dans le respect du principe de séparation des pouvoirs, fondement de notre démocratie.
Il fut un temps où aucun responsable politique ne se permettait de commenter ou de critiquer une décision de justice. Il en prenait acte au nom d’un principe fondamental : le strict respect de l’indépendance de la justice, propre à la séparation des pouvoirs, pilier de notre démocratie.
La période que nous traversons démontre que la justice est bien devenue la cible prioritaire de l’internationale populiste. De Moscou à Washington en passant par leurs supplétifs européens, ses dirigeants et représentants s’attaquent à ce qui constitue aujourd’hui le principal rempart à leurs visées idéologiques : l’Etat de droit. On le comprend, si je puis dire, à la lecture même de sa définition : l’Etat de droit est un Etat soumis à un ensemble de normes juridiques qui s’oppose à son pouvoir arbitraire pour asseoir la protection des libertés et des droits fondamentaux.
Cet État de droit a façonné notre pays pour en faire un des plus démocratiques du monde, par le respect de la hiérarchie des normes, l’égalité des citoyens devant la loi et l’indépendance des juges. Tout bonnement insupportable pour ces autocrates : ils estiment que la société toute entière doit obéir à leurs diktats énoncés d’une voix forte, leurs décrets signés d’un coup de plume rageur sans tenir compte de la Constitution, leurs coups de force au mépris des règles internationales.
« Nul n’est au-dessus de la loi », qu’il soit puissant ou misérable : voilà ce qu’il faut répondre à Marine Le Pen et à celles et ceux qui osent contester cette décision de justice à des fins politiciennes. Face au simplisme populiste, il faut redire simplement qu’elle a enfreint la loi en mettant en place, comme l’énonce le tribunal, « un système destiné à constituer une véritable manne financière pour son parti ». Une fraude de 4,1 millions d’euros. Marine Le Pen est bien une justiciable comme les autres, oui, même elle, qui voici quelques années à propos de l’affaire Cahuzac demandait « l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce ou à l’occasion de leur mandat ».
Il faut redire simplement qu’il n’y a pas de « gouvernement des juges », de « coup d’Etat de droit » car les magistrats ne font qu’appliquer les lois votées par les législateurs, c’est-à-dire par des représentants du peuple. La loi est dure, mais c’est la loi, à moins qu’on en change. Les Français le savent et le comprennent très majoritairement car ils souhaitent la plus grande exemplarité et aussi la plus grande sévérité à l’encontre de leurs élus : il ne peut y avoir de totem d’immunité en raison des sondages ou parce que vous avez été Président de la République, comme Nicolas Sarkozy récemment. Il n’y a aucun « complot », aucune puissance occulte qui aurait décidé d’influer sur le cours de notre vie politique : la preuve, ce jugement de première instance n’empêche pas les idées de Marine Le Pen d’être représentées à chaque élection, et bien entendu, à la prochaine élection présidentielle. La Liberté des électeurs n’est en rien entravée.
Cette nouvelle tentative d’enflammer notre société pour mieux la déstabiliser ne doit pas laisser sans réaction celles et ceux qui défendent l’indépendance de la Justice. Face à l’appel irresponsable à un « mouvement populaire » contre cette décision de justice, les démocrates et les républicains doivent plus que jamais faire preuve de responsabilité pour préserver notre idéal démocratique.
Carole Delga