Par Claire Fita, Députée européenne.
La meilleure défense pour l’Union européenne face à la brutalité et aux velléités impérialistes russes, chinoises et désormais de l’Amérique de Trump, c’est de conforter ses valeurs fondamentales de progrès, de droits humains, d’égalité et de solidarité.
2025 devait être l’année du 80 e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, conflit le plus meurtrier de l’Histoire de l’Humanité, après lequel était né un ordre international avec en point d’orgue la création de l’ONU. Sa charte clame en préambule « notre foi dans les droits fondamentaux, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites ».
2025 restera pourtant l’année où un nouveau désordre, celui du plus fort, s’est fait jour, à coups de « deals » improbables, de coups de menton et de menaces à peines voilées, tant économiques que militaires. Ce désordre a le visage de quelques autocrates qui rêvent d’Empire là où leurs prédécesseurs avaient, tant bien que mal, veillé à un équilibre, fusse-t-il précaire, ou pendant trop longtemps, celui de la terreur. De Moscou à Pékin et désormais en passant par Washington, s’étend une même aversion pour les institutions internationales, pour l’État de droit, et de fait, pour la démocratie. Avec un seul mot d’ordre : la force plutôt que le droit.
On dit l’Europe saisie par le vertige de voir un allié, les États-Unis, utiliser le même langage, les mêmes méthodes que ces ennemis d’hier. On dit l’Europe prise de vitesse par ce mouvement perpétuel de bruit et de fureur. Prenons de la hauteur par rapport aux événements et aux commentaires : qu’est-ce que l’Europe, sinon une union unique dans le monde, bâtie sur les ruines d’une guerre mondiale qui avait ravagé la plupart des pays appelés à devenir ses fondateurs ?
Qu’est-ce que l’Europe, sinon une union qui s’est construite, puis fortifiée, sur des valeurs fondamentales et sur des critères d’adhésion politiques progressistes, comme des institutions stables garantissant la démocratie et l’État de droit ? Que l’Europe ne parle pas le même langage que Trump, Xi Jin Ping et Poutine, c’est heureux ! Qu’elle n’utilise pas les mêmes moyens, les mêmes méthodes, c’est tant mieux, au grand dam d’ailleurs des populistes de notre continent.
A celles et ceux qui disent « que doit faire l’Europe ? », je réponds d’abord qu’elle doit défendre, becs et ongles, ses frontières bien entendu, mais aussi ce qu’elle a de plus précieux, ce que ce monde a de plus précieux, c’est-à-dire ses valeurs fondamentales, largement partagées sur la planète. La preuve par ce récent sondage indiquant que 44%… des Canadiens seraient prêts à adhérer demain à l’UE s’ils en avaient la possibilité ! L’Europe n’est pas isolée face à ces Empires. Elle est au contraire une cible, car dernier rempart à ce monde de brutalité et d’égoïsme.
Si je soutiens l’idée d’un réarmement européen pour garantir rapidement notre sécurité et celle de nos pays,
je soutiens aussi l’idée d’un « réarmement » citoyen sur la base de nos valeurs. Au fond, le temps qui vient est aussi celui d’une confrontation idéologique entre notre modèle démocratique et la brutalité autocratique. Ce modèle, c’est celui du progrès, de la justice, de la transition écologique, de la souveraineté industrielle,
énergétique et alimentaire, de la culture ou du refus de la haine contre l’autre, du respect du suffrage universel, d’une éthique dans les relations entre les individus et les Nations.
Si les temps actuels nous obligent à ne pas céder à l’angélisme, restons sûr collectivement que cette arme-là est la plus puissante que nous possédions.