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Alimentation : il est encore temps de sauver le bio

Publié le 27 mars 2025
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Bio
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La diminution continue de la consommation de produits bio depuis 2021 plonge la filière, notamment plus de 60 000 fermes, dans une situation de crise inédite. La Convention Citoyenne pour le Climat avait pourtant proposé des solutions pour préserver à la fois une alimentation saine des consommateurs et les revenus des professionnels. Il est urgent de les mettre en place.

Les Français abandonnent-ils le bio ? Seulement 24% des Français déclarent acheter fréquemment (presque tous les jours ou régulièrement) des produits issus de l’agriculture biologique selon le baromètre annuel de perception et de consommation des produits biologiques, produit par l’Agence Bio. La consommation de produits bio une fois par semaine monte à 42% pour les ménages au revenu disponible supérieur à 2 500€ par mois, contre 23% pour ceux qui disposent de moins de 1 000€. Ce n’est donc pas tant un abandon qu’une restriction imposée par un pouvoir d’achat miné par l’inflation.

Consommer des produits sains pour la santé et l’environnement devient un marqueur social. Dans les prochaines années, cela se traduira dans les études sur la santé des Français. Pourtant, pour lutter contre cette inégalité devant l’assiette, une solution citoyenne avait émergé en décembre 2020 lors de la Convention pour le climat : le chèque alimentaire. Longtemps promis par Emmanuel Macron, il a finalement été abandonné 4 ans plus tard.

Résultat : près d’un étudiant sur cinq recourt à l’aide alimentaire, un sur trois saute régulièrement un repas[1], un tiers des bénéficiaires de l’aide alimentaire a moins de 35 ans[2] et des millions de Français font régulièrement appel à des associations comme les Restos du Cœur. La précarité alimentaire croissante menace des familles qui n’étaient pas confrontées à ce risque avant les crises du Covid-19 et de l’inflation : avec la flambée des tarifs de l’énergie, des carburants, des loyers, des charges, des travailleuses et travailleurs rémunérés au SMIC ne parviennent plus à couvrir leurs dépenses obligatoires.  Juste au-dessus, les familles de la classe moyenne qui n’accèdent pas aux aides sacrifient les achats alimentaires pour faire face aux autres dépenses.

Consommer des produits sains pour la santé et l’environnement devient un marqueur social. Pourtant, pour lutter contre cette inégalité devant l’assiette, une solution citoyenne avait émergé : le chèque alimentaire.

Cette chute de la consommation d’aliments bio affecte en premier lieu les 61 163 fermes engagées en bio dans lesquelles des agricultrices et agriculteurs travaillent parfois 70 heures par semaine pour une rémunération qui ne leur permet plus de vivre. Certains ont renoncé au label. Les conversions ont chuté de 40% par année depuis 2021. Avec cette vague de déclassement en conventionnel, couplée aux difficultés d’accès au label, la France ne pourra pas atteindre son objectif de 21% de surfaces agricoles bio d’ici 2030. Pourtant, le territoire s’y prête. Au-delà des producteurs, l’ensemble de la filière qui pèse 13,4 milliards de chiffre d’affaires est en souffrance.

Les solutions ne sont pas simples, car l’agriculture reste une activité soumise aux aléas, mais elles existent tant du côté des consommateurs que des agriculteurs :

  • Relancer le pouvoir d’achat des ménages par des mesures concrètes pour augmenter les rémunérations (salaires, pensions) et baisser les dépenses obligatoires de logement, d’énergie, de services essentiels (santé, eau, assurances)… Seuls les 2% les plus riches atteignent l’objectif de 6% de leur alimentation en bio contre la moitié des ménages aux Etats-Unis.
  • Soutenir les agriculteurs engagés dans une démarche de durabilité, sans les mettre en concurrence. Une meilleure alimentation commence dans les champs. Le moment n’est pas au clivage entre conventionnel et bio mais au bon sens : simplifier les aides, soutenir la transition et l’acquisition d’équipements, faciliter l’installation et la transmission des exploitations.
  • Assurer des débouchés dans la restauration collective (20% de bio minimum) et la restauration commerciale qui en France se fournit à hauteur de 7% en bio contre 20% aux Pays-Bas.

L’Union européenne et la France doivent se fixer comme objectif de rétablir l’accès à une alimentation saine, locale et durable pour toutes les familles, quelle que soit leur condition. C’est un impératif de justice sociale, une réponse aux défis environnementaux et aussi un enjeu sanitaire.

L’équipe de la République en commun

 

[1] https://www.ifop.com/publication/la-precarite-etudiante-en-france-quelle-realite-en-2024/

[2] https://injep.fr/wp-content/uploads/2024/10/IAS78_aide-alimentaire.pdf