Des dizaines de milliers de soldats et de civils tués ou disparus, des millions d’Ukrainiens déplacés, des villes entières détruites… Trois ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, face à l’Amérique de Trump, l’Europe doit faire entendre sa voix et ses valeurs dans les négociations en cours pour arrêter ce drame humain et ce conflit qui déstabilise nos démocraties.
Si beaucoup de voix s’élèvent pour trouver une solution de paix, la méthode explorée pose question à l’aune des nombreuses discussions et conférences organisées depuis quelques jours. De la 61e Conférence de Munich sur la Sécurité aux discussions de Riyad ou de Paris, en passant par les déclarations tonitruantes et de plus en plus incohérentes de l’administration américaine et de Donald Trump en particulier – il prétendait trouver une solution en un jour pour finalement s’aligner sur Vladimir Poutine – on assiste à une remise en cause des règles de la souveraineté des Etats.
Une seule certitude demeure : rien ne peut se faire sans les Ukrainiens et l’Europe doit taper fort sur la table pour rester associée au processus.
La conjonction de tous ces éléments nous oblige.
Cette guerre oblige une fois encore la gauche française à prendre des positions claires. Pour ma part j’ai pris mes responsabilités et j’avais indiqué dès le 27 février 2022 : « Je tiens d’abord à saluer le courage des forces militaires et des civils, autour de leur Président Zelenski, qui défendent avec détermination leur pays ».
La situation oblige la France à jouer un rôle diplomatique majeur dans un cadre européen. Notre pays a su par le passé peser dans le concert des nations. Je note que le Président de la République a pris un certain nombre d’initiatives tant sur le plan de la politique interne que sur le plan international et je salue cette démarche. La France doit surtout mobiliser nos partenaires européens pour aboutir à des décisions claires et concrètes sur la reconstruction du pays ou encore la participation à une force armée pour garantir la sécurité chez notre voisin. Une Ukraine arrimée à nos valeurs de paix, de fraternité, de démocratie et à terme membre d’une Union européenne protectrice et solidaire.
Le conflit oblige l’Europe à changer de paradigme et à affronter son destin. Elle doit porter une voix singulière auprès de Donald Trump. Les Etats-Unis entrent à nouveau dans une période isolationniste : le « Make America Great Again » n’est qu’une forme moderne de la doctrine Monroe de 1823 avec une remise en cause des traités internationaux qui garantissent la stabilité, la sécurité et la paix sur notre continent. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe vivait avec des certitudes pour sa Défense : l’OTAN veillait sur notre sécurité. Le « parapluie américain » apparaissait comme une protection infaillible, l’Europe allait connaître une paix éternelle. Rien n’est moins sûr désormais. L’Union européenne est confrontée à ses responsabilités et à une nécessaire prise de conscience d’enjeux déterminants pour son avenir. La situation exige une volonté politique aussi forte et affirmée qu’au moment d’écrire le Traité fondateur de Rome au milieu du siècle dernier.
Nous le disions avec Raphaël Glucksmann pendant la campagne des élections européennes de 2024 : « il faut donner à l’Europe les moyens de se défendre. Et la première ligne de défense passe par Kiev ». L’Europe, simple instrument de règlements financiers et de normes techniques, a vécu.
L’ordre mondial entre une fois encore dans une profonde mutation de nature à générer des bouleversements brutaux. Les populistes paradent, un milliardaire américain prétend dicter les résultats des élections en Allemagne, le mensonge devient une arme d’Etat, le Kremlin et la Maison Blanche méprisent les Européens.
Les quatre prochaines années seront longues… Sachons trouver l’unité nécessaire pour affirmer une détermination sans faille sur la résolution du conflit en Ukraine. Comme l’affirmait Winston Churchill, « La peur est une réaction, le courage est une décision… C’est le courage de continuer qui compte ».
Carole DELGA